Peur & Courage

La lettre à Nicolas

24 mars 2017
roxane

Mon grand,

Je ne te connais pas…

Et pour cause. Si tu avais existé, je sais juste que tu t’appellerais « Nicolas Farbos ».

Si ton père avait été reconnu – officiellement – par son père naturel, tu porterais en effet le nom de famille de ton véritable grand-père, Georges Farbos.

Et si tes parents t’avaient donné le prénom qu’ils avaient – réellement – choisi pour toi, sans se laisser imposer celui décidé à leur place par ta grand-mère, le tien serait aujourd’hui Nicolas.

Alors, sans doute que ta vie aurait démarré sur des bases plus simples, plus saines, plus stables…

Tu n’aurais pas été tenté de t’inventer un personnage, de t’attribuer un pseudonyme d’emprunt – « Savinien » – en référence à Cyrano de Bergerac. Même si la pièce d’Edmond Rostand reste ton œuvre littéraire préférée, où tout l’argument repose sur un sacrifice et des faux-semblants :

« J’aperçois toute la généreuse imposture.
(…)
Ah ! que de choses qui sont mortes… qui sont nées !
Pourquoi vous être tu pendant quatorze années,
Puisque sur cette lettre où, lui, n’était pour rien,
Ces pleurs étaient de vous ?
– Ce sang était le sien.
(…)
Ci-gît Hercule-Savinien
De Cyrano de Bergerac
Qui fut tout, et qui ne fut rien. »

Acte V – Scène 6 (La scène finale)

Peut-être que ton rapport aux femmes, et donc aussi aux hommes, aurait été tout autre…

« J’ignorais la douceur féminine. Ma mère
Ne m’a pas trouvé beau. Je n’ai pas eu de sœur.
Plus tard, j’ai redouté l’amante à l’œil moqueur.
Je vous dois d’avoir eu, tout au moins, une amie.
Grâce à vous une robe a passé dans ma vie. »

La même scène

Peut-être que, pour toi, l’amour aurait coulé de source…

« J’ose être enfin moi-même, et j’ose… Où en étais-je ?
Je ne sais… tout ceci, – pardonnez mon émoi, –
C’est si délicieux… c’est si nouveau pour moi ! »

Acte III – Scène 7 (La scène du balcon)

Et peut-être, qu’un jour, tu aurais pu me pardonner…

Ton autre, Olivier.

 

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