Amour & Haine

Tomber du ciel

23 mars 2017
seducteur

Écoutez cette histoire que l’on m’a racontée…

Il était une fois deux frères, dont le plus jeune avait déçu sa mère dès sa naissance : il était né garçon.

Or, la mère avait toujours dit – et répété – que son désir le plus cher était d’avoir deux filles. Ou à la rigueur une fille et un garçon. Mais surtout pas deux garçons.

Surtout pas.

Vers six ans, le reproche tomba comme un couperet. Et l’enfant n’entendit rien d’autre que : je ne t’aime plus.

Alors tout se déroba sous ses pieds.

Trahison suprême.
Renié à jamais.
Marqué à vie.

Bien des années plus tard, lors d’une rêverie tôt un matin, il vit apparaître dans son esprit l’image d’un chien, accompagné de ce mot qui soudain le bouleversa : « fidélité ».

D’abord interloqué, il ne comprit pas ce qui pouvait le toucher ainsi… D’autant qu’à quarante-deux ans passés, il n’avait jamais vécu aucune relation affective. (Sauf une expérience faussée, qui aurait dû s’arrêter au bout de quelques semaines s’il s’était écouté. Mais dans laquelle, de toutes manières, il n’avait subi aucune tromperie.)

Alors pourquoi toujours ce besoin de fidélité ?

Pour quelle raison craignait-il autant d’être rejeté ?

Était-il à ce point traumatisé, pour continuer à fuir tout risque d’amour, plus de trente-sept ans après ?

Et pour qu’au moment d’essayer de nouer le contact avec une autre femme, de se projeter dans une rencontre amoureuse avec elle, l’angoisse soit si forte, si puissante, qu’elle provoque des cauchemars quasiment toutes les nuits, pendant des semaines entières ? Des semaines entières ? Vraiment ? Peut-on seulement l’imaginer ?

Sûrement. Surtout si l’on sait qu’adolescent, alors qu’il était d’une timidité plus que maladive et qu’il n’avait pas la moindre confiance en lui, il avait quand même osé avouer ses sentiments à une fille, dont il était tombé très, très, très amoureux… Mais cette tentative désespérée s’était soldée par un échec cuisant. Il ne s’en releva pas.

Ce fut le début de son renoncement, de son retournement, de son détournement.

1er traumatisme : 1980, six ans.
2ème traumatisme : 1988, quatorze ans.
3ème traumatisme : plus jamais, définitivement.

Échapper à tout prix au « jamais deux sans trois ».

Tout, sauf revivre ça.
Tout, sauf revivre ça.
Tout, sauf revivre ça.

Et pourtant…

C’est bien à cette angoisse – si profonde et si dévastatrice – qu’il est encore en train de se confronter. Celle-là même qui l’a privé de toute relation amoureuse pendant plus d’une trentaine d’années. Car, contrairement à ce qu’il avait toujours pensé, le plus dur pour lui n’est pas de désirer une femme, mais d’en tomber amoureux

Rien à voir avec le sexe, tout à voir avec le cœur.
Partant de là : ce handicap, comment le surmonter ?
Comment sauver l’enfant anéanti, l’adolescent meurtri ?

La fin de l’histoire ne dit pas s’il vécut heureux et eut beaucoup d’enfants…

« This is the end (C’est la fin)
Hold your breath and count to ten (Retiens ton souffle et compte jusqu’à dix)
Feel the earth move and then (Sens la terre bouger, puis)
Hear my heart burst again (Écoute mon cœur éclater à nouveau)

For this is the end (Car c’est la fin)
I’ve drowned and dreamt this moment (Je me suis noyé et j’ai rêvé ce moment)
So overdue I owe them (Submergé par la dette, je leur dois tout)
Swept away, I’m stolen (Balayé au loin, on m’enlève)

Let the sky fall (Laisse le ciel s’écrouler)
When it crumbles (Lorsqu’il s’effondrera)
We will stand tall (Nous nous tiendrons bien droits)
Face it all together (Nous y ferons face ensemble) »

 

Articles similaires

0 commentaire

Laissez un commentaire

Top