Doute & Confiance

Déraciné des elles

11 mars 2017
dixit

Le Big Bang de ces derniers jours a généré un sacré effet de jet lag. Un sérieux décalage horaire de plus d’une trentaine d’années quand même… À ce niveau-là, on frôle la faille spatio-temporelle.

« (…) Demandez-moi de tuer la lumière
Et d’arrêter ce soir le cours du temps
Tout me paraît réalisable, et pourtant…

Quand je la regarde, moi l’homme loup au cœur d’acier
Devant son corps de femme, je suis un géant de papier
Quand je la caresse et que j’ai peur de l’éveiller
De toute ma tendresse, je suis un géant de papier »

La chanson « Le géant de papier » (merci Jean-Jacques) est sortie en 1985, j’avais onze ans. Dans ma mémoire, ce sont les plus anciennes paroles à être restées gravées et à m’avoir accompagné pendant toutes ces années. Ce qui reste d’ailleurs un assez grand mystère, vu qu’elles sont à l’exact opposé de ce que je suis censé être.

À moins, qu’au contraire, ce soit justement elles qui me collent le plus à la peau…

De fait, ce que j’ai à faire aujourd’hui, c’est quasiment de la science-fiction pour moi. Fantastique et terrifiant. Cela fait trente ans que j’aurais dû l’expérimenter mais je ne me le suis jamais autorisé. Comment aurais-je pu ? Et maintenant, ça ne va pas se faire juste en claquant des doigts.

J’ai tout à découvrir, tout à apprendre.
Sans repères, sans références, sans précédents.
Tout seul comme un grand, mais à quarante-deux ans.

Je sais bien qu’il me suffirait de simplement laisser faire les choses. De simplement être moi-même. Moi-même d’accord, mais qui est ce « moi-même » au fond ? Quand j’ai passé toute ma vie à m’éviter, à me contrarier, à me dédoubler… « Je me dérobe et je me fuis. » (merci Christophe)

Double peine.

En tous cas, je saisis mieux désormais pourquoi je me suis toujours senti aussi instable, bancal, à côté de moi.
Il y avait un léger manque de racines… Au cœur du cyclone, je n’avais donc plus qu’à m’accrocher aux branches. C’est ce que j’ai essayé de faire, comme je pouvais, et encore en ce moment.

Comme un avion sans L.

Mais je n’ai pas le choix, alors je relève le challenge.

En route pour l’aventure… Dans le même état d’esprit que Xavier, personnage central de L’Auberge Espagnole qui, au moment de s’envoler vers sa nouvelle vie, se voit rattrapé par ses doutes et ses frayeurs :

« – Je… Je vous ai vu pleurer dans l’avion.
– Ah bon ?
– Hmm hmm… Vous aviez l’air tellement triste. Ça m’a rendu triste aussi.
– Euh oui… On se dit qu’on est content de partir, qu’on est fort. Puis une fois en l’air, moi je savais plus trop. C’est pas facile de partir comme ça je trouve, on laisse plein de trucs derrière, on ne sait pas exactement où on va… »

Donc au final, l’enjeu n’est pas tant d’arriver à sauter dans le vide. Mais de savoir si on y a été préparé.

Imagine-t-on un détenu, après trente ans d’enfermement, de réclusion, d’isolement, s’adapter sans difficultés à sa nouvelle liberté ? Surtout s’il était non coupable, emprisonné à tort, qui plus est…

Et c’est exactement ce qu’évoquent les deux amis dans le film Les Évadés (« The Shawshank Redemption ») :

« Quelles que soient les fautes que j’ai commises, j’ai payé plus que j’aurais dû. »

 

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