Amour & Haine

Recoller les morceaux et tourner la page

14 février 2017
dali

Ça y est, c’est fini ! Cet article sera le quarante-cinquième et tout dernier* de ce blog, créé il y a six mois et qui aurait pu s’appeler aussi « Journal d’une fin de psychanalyse ». Bon, peut-être que dans quelques temps le site renaîtra de ses cendres tel le phénix. Mais sous une autre forme, plus participative ? Affaire à suivre…

* (Euh… en fait pas vraiment !)

Depuis que j’ai vu L’Ascension au ciné, je me dis que finir une psychanalyse, c’est un peu comme atteindre le sommet de l’Everest. On croit qu’on a fait le plus dur, qu’on est arrivé jusqu’au bout. Eh ben non, pas tout à fait. Il y a encore quelques mètres à franchir. Le corps n’en peut plus. Il est épuisé de tout ce qu’il a déjà eu à gravir. Il se met à trembler de partout : spasmes, hauts-le-cœur, sueurs froides… Comme au bord d’un précipice.

On respire de plus en plus mal, on frôle l’asphyxie (quitte parfois à tomber littéralement en panne d’oxygène). On n’a qu’une envie : s’arrêter là, tout lâcher et se reposer. Mais ce serait dommage de renoncer si près du but. Alors on s’accroche… Et surtout, notre guide (le psy) et les sherpas (nos amis) sont là pour continuer à nous soutenir et à nous donner du courage. Sans eux, on n’aurait jamais pu aller aussi loin, de toutes façons ! Merci.

Il y a quelques jours, alors que je venais de me coucher, une pensée a réussi à se frayer un chemin dans mon esprit, pour remonter à la surface, sans crier gare :

« Ma vie s’est arrêtée en 1980… »

J’ai su immédiatement à quoi cette phrase faisait référence. Mais c’est un « événement » que je n’avais jamais daté précisément ; jusqu’à présent, je disais que j’avais maximum sept-huit ans. En réalité, j’en avais donc six, même sans doute un peu moins.

Ce jour-là, il n’y a eu aucun traumatisme visible ; pas d’accident, d’agression, de maladie…
Juste une phrase malheureuse. Malencontreuse et monstrueuse. Insidieuse et désastreuse.

J’aurais préféré que tu sois une fille.

C’est à ce moment-là que ma vie a volé en éclats, au plus profond de moi.

J’ai été anéanti et je ne m’en suis jamais remis, jusqu’à aujourd’hui. Car ensuite, tout s’est déroulé en silence, tout s’est joué en sourdine. Récemment, je suis tombé sur ce message : « Ce qui ne s’exprime pas s’imprime. » C’est tout à fait ça… Mais comment et à qui en parler, à cet âge-là ?

Ainsi, tous les morceaux éparpillés sont venus se ficher et se figer directement « dans la chair ». Depuis, ils sont restés incrustés partout dans le corps, dans le cœur, dans le ventre, dans la tête… Pendant toutes ces années, les plaies n’ont jamais pu se refermer. Elles sont restées enfouies, à vif.

Partant de là, elles ont influencé et perturbé tout ce qui a suivi dans ma vie. L’enfant, l’adolescent et le jeune adulte ont été confrontés à tout un tas de situations insurmontables, impossibles à gérer émotionnellement. D’autant qu’à leur tour, ces nouvelles épreuves ont continué à générer, elles-mêmes, leurs propres dégâts…

Réactions en chaîne.

Vers trente ans, j’en étais arrivé à un tel degré d’accumulation que je pouvais à peine bouger. J’étais comme paralysé, handicapé socialement. Incapable de gérer la moindre relation, quelle qu’elle soit : professionnelle, amicale, affective, amoureuse…

Rougir pour un rien.
Avoir peur de tout.
Et pleurer (beaucoup).

Car faire le deuil d’un amour, de ce qu’on a connu et qui nous a fait tellement de bien, c’est bien sûr difficile.
Mais faire le deuil d’un manque d’amour, de ce qu’on n’a pas connu et qui nous aurait fait tellement de bien, c’est – paradoxalement – encore plus compliqué. Un peu comme dans Le fabuleux destin d’Amélie Poulain :

« Amélie a six ans. Comme toutes les petites filles, elle aimerait que son père la prenne dans ses bras de temps en temps. Mais il n’a de contact physique avec elle qu’au cours de l’examen médical mensuel. La fillette, bouleversée par cette intimité exceptionnelle, ne peut empêcher son cœur de battre la chamade. Dès lors, son père la croit victime d’une anomalie cardiaque. (…) Ballottée entre la fébrilité de sa mère et la distance glaciale de son père, Amélie n’a de refuge que dans le monde qu’elle invente… »

C’est donc à l’approche de la trentaine que j’ai entrepris de suivre une « cure psychanalytique ».

J’avais déjà, par le passé, consulté deux psys qui m’avaient été recommandés – une psychologue, puis un psychiatre – mais ça n’avait pas donné grand chose… À cette époque, j’ai aussi croisé la route de H. qui m’a parlé de sa propre analyse. Et c’est à la même période que je suis tombé sur un article dans un magazine santé – chez mes parents – qui parlait de ce livre de Guy Corneau, que j’ai lu et qui m’a définitivement convaincu.

J’ai alors rencontré 3 psychanalystes dans la ville où j’habitais et j’ai porté mon choix sur P.C., mon Maître Yoda qui m’aura donc suivi pendant plus de treize années finalement, tout au long de ce processus de rééducation.

Lors de la toute première séance, j’étais atrocement mal à l’aise. Aussi rouge à mon avis que les fauteuils dans lesquels on était assis ! Dès la deuxième séance, j’ai pris place sur le fameux divan et, à partir de là, on a laissé « l’association libre » faire son travail d’introspection et de réparation. Lent, douloureux mais nécessaire…

Un par un, je suis allé déloger tous les éclats – plus ou moins gros – qui étaient restés coincés en moi. Dans les premiers mois, je n’ai peut-être réussi à en retirer que deux ou trois, juste à la surface… Et puis, séance après séance, l’exploration s’est approfondie, intensifiée. Mètres après mètres. Et depuis le 1er novembre dernier, jour où j’ai écrit une lettre à ma mère, tout le travail s’est encore plus amplifié, à l’approche du sommet…

« Un mal pour un bien », comme me l’a dit très justement mon amie V., l’autre jour.

NB : je suis en train de me rendre compte que, dans mon tout premier article, j’évoquais la chanson « Tous les cris, les SOS » où il y a aussi ces paroles :

Et j’ai ramassé les bouts de verre
J’ai recollé tous les morceaux
Tout était clair comme de l’eau (…)

(Donc dès le début de ce blog, ça tournait déjà autour de « recoller les morceaux » ! Ce n’était pas du tout prémédité – en tous cas, pas consciemment – mais j’aime bien cette idée ! La boucle est bouclée…)

Pour ce qui me concerne, il m’aura donc fallu trente-sept ans pour me remettre de tout ça…

« Votre histoire, c’est la rencontre de deux drames. »

Certes. Je n’avais rien demandé, mais j’ai dû en payer les pots cassés.

À l’automne dernier, mes parents ont fait faire des travaux d’isolation dans leur maison. En vidant les combles, ma mère a déniché de vieux agendas de son père. Oui, mon grand-père maternel avait pris l’habitude de noter, dans ces petits carnets, tous les éléments marquants de chaque journée.

Parmi ceux qui ont été retrouvés, figuraient l’année de naissance de mon frère et la mienne. En 1971, à sa date de naissance, il était écrit ceci : « Naissance de C. » avec l’heure correspondante. Et en 1974, à mon jour : rien.

Page blanche. Vierge. Comme moi. (Enfin, comme mon signe zodiacal, évidemment…)

Un oubli, sans doute.

Bref, quelles que soient les raisons et les interprétations, je ne lui en veux pas de toutes façons – ni à personne d’autre d’ailleurs – car si au final j’ai réussi à m’en sortir, c’est aussi grâce à lui. Bon, j’aurais sûrement préféré qu’il me prévienne le jour où il a soudainement décidé de brûler mon doudou en cachette… Ça aurait été un peu moins abrupt ! Pourtant, cet épisode que j’avais toujours considéré comme un des plus désagréables de mon enfance, est au contraire celui qui m’a probablement « sauvé la vie »… Rien que pour ça, merci Papy 🙂

De fait, c’est aussi au cours de cette psychanalyse que j’ai découvert que les souvenirs qui me semblaient anodins, dérisoires, étaient en réalité ceux qui avaient laissé le plus de traces et m’avaient le plus marqué.

Là aussi, tout était inversé…
Vice Versa.

Mais, en ce jour symbolique de Saint-Valentin, je décide de rompre la chaîne et reprendre mon destin en main.

Je suis prêt désormais à revenir à ma place et à prendre ma revanche, pour passer – comme dans les paroles de la chanson « Lights » d’Archive – de l’ombre la plus écrasante à la lumière la plus éclatante.

(…)
Turn my head off
Forever
Turn it off
Forever
Off forever
Turn it off forever
Ever blind

Trouver l’amour n’est plus très loin !

Il y a un début à tout…

 

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